La sélection de lamachinealire


La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao, Junot DIAZ

Coll. 10/18
7,50 Euros

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La parution d’ouvrages en poche nous permet parfois de faire des lectures inattendues.
C’est la cas de « La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao », prix Pullitzer 2008 et qui mérite bien de figurer parmi les choix du mois d’octobre.
Oscar, jeune américain d’origine dominicaine, obèse et fan de science-fiction n’a pas vraiment une vie « merveilleuse ». Sa seule particularité est peut-être la riche histoire de sa famille, marquée du sceau d’une malédiction ancestrale, transmise de génération en génération.
Cette saga familiale tragicomique portée par un style unique, mélange le verlan et l’espagnol, nous permet de suivre, tambour battant, les aventures d’un anti-héros au grand coeur, avec lequel la vie est plutôt joyeuse…

Reine d’un jour, Bertrand RUNTZ

Éd. Finitude
16,00 Euros

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Dans ce « roman-photo », on feuillette en compagnie de Bertrand Runtz son album de famille. Les personnages y sont authentiques et attachants: Titine la domestique porteuse d’un terrible secret, Parrain le littéraire de la famille, ou encore Petit Prince le complice chat de gouttière.
Un roman splendide dans lequel le ton et les personnages sont toujours justes.
À découvrir absolument…

L’Afrique de papa, Hippolyte

Éd. Des Bulles dans l’Océan
14,00 Euros

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L’Afrique de papa présente le travail d’Hippolyte, une alternance d’aquarelles et de photographies en noir et blanc, narrant l’histoire d’un séjour à Saly, un village de pêcheurs du Sénégal, à 80 km au Sud de Dakar, devenu un grand centre touristique.
Un fils découvre, carnet de dessin à la main, l’Afrique de son père, celle des retraités européens, le Sénégal des blancs, des « toubabs ». Il fait peu de commentaires mais son regard est sans complaisance.
Il aborde des sujets qui engendrent un malaise tels que la prostitution, féminine et masculine, le racisme, la pauvreté, sans oublier d’être aussi l’observateur de coutumes demeurées vivaces, d’aller à la rencontre des Sénégalais et d’approcher des visages ou les corps des lutteurs, la lutte occupant une place importante au sein de cet album à l’instar de celle qu’elle tient aussi dans ce pays.
L’auteur nous parle avec finesse et habileté de la misère et de la beauté des hommes.

Le quintet de l’Islam Tarik ALI

Parution chez Sabine Wespieser
Volet 1 Un sultan à Palerme 24,00 Euros ou coll. J’ai lu 6,70 Euros
Volet 2 Le livre de Saladin 26,00 Euros
Volet 3 L’ombre des grenadiers 25,00 Euros
Volet 4 La femme de pierre 25,00 Euros
Volet 5 à venir

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Ces quatre romans présentent des périodes, du XIIème au XXème siècle, où la culture musulmane était brillante, tolérante et éclairée. Tarik Ali nous donne à travers ces moments historiques une autre vision de l’histoire car vue par la tradition arabe et non chrétienne: les croisades au Moyen-Âge, la reconquista espagnole, la chute de l’empire ottoman…
À ces périodes là, l’Europe chrétienne est plutôt obscurantiste, fanatique et peu avancée et ouverte sur les progrès scientifiques.
Passionnant, tant par la qualité de l’écriture, que l’intérêt des sujets choisis et le point de vue historique.

Dans les pas de l’ours, traversée solitaire de l’Alaska, Emeric FISSET

Éditions Transboréal
19,90 Euros

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1990, Emeric Fisset n’en est pas à son premier voyage solitaire. Au mois d’août, il quitte Barrow dans le but de traverser l’Alaska du nord au sud sans soutien logistique ni radio. Il arrivera à Cold Bay au prix d’une difficile évolution à pieds, à ski et à la rame hors des chemins tracés par l’homme.
Dix mois à braver le rude hiver septentrional. Dix mois dévolus à l’apprentissage de la survie en milieu sauvage, illuminés par des rencontres saisissantes avec la faune et les autochtones. Il y a chez Emeric Fisset un engagement profond en faveur du voyage comme découverte, une humilité et un respect aux lieux et aux peuples.
Un ouvrage pour découvrir les éditions Transboréal, créées par l’auteur et leur remarquable collections « Sillages » consacrée au récit de voyage au long cours.

Les mers perdues, Les jardins statuaires, Jacques ABEILLE

Éditions Attila
Respectivement 23,00 et 24,00 Euros


mersperdues.jpgDeux parutions de textes de Jacques Abeille, illustrés par le fameux Schuiten, double réjouissance causée par la jeune maison Attila.
Les jardins statuaires (réédition du premier volet du Cycle des contrées) est tout à la fois un récit d’aventures, un conte initiatique et philosophique halluciné et hallucinant qui nous plonge dans un pays où on cultive… des statues.
Les mers perdues est un roman graphique né de la rencontre de Schuiten avec ce texte et des échanges qui ont suivi entre l’auteur et l’illustrateur.
La portée de ces textes, leur densité, la beauté des formes tant littéraire que graphique, l’histoire qui accompagne la publication de ces merveilles éditoriales justifient largement votre déplacement jusqu’à nous, afin que nous puissions vous en parler sans économie de mots.
En bonus, vous aurez peut-être la chance de croiser la silhouette de l’auteur déguisé en fidèle client.

Le monde de Marcelo, Francisco X STORK

Gallimard
13,50 Euros

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Marcelo est un adolescent de 17 ans, « différent » comme on dit, il est atteint d’une forme légère d’autisme. Il est à l’aise dans les lieux et avec les gens qu’il connaît et parfaitement conscient de ses possibilités et de ses limites. Son père le pousse à affronter le monde du travail, à l’occasion d’un stage dans son cabinet d’avocats. Il veut lui permettre de faire le choix entre « vie protégée » et « vie réelle », quitte à souffrir au début.
Le jeune homme, par ailleurs très beau et intelligent, déconcerte ses collègues, mais au delà des préjugés et de la peur de l’inconnu des relations intenses se nouent.
Il fera lors cet été de grands choix de vie, des découvertes sur ses proches, sur l’amour et la vie.
Côtoyer Marcelo est un vrai bonheur, une leçon d’humanité et d’optimisme. Il nous ouvre l’esprit sur une autre façon de voir le monde. Cette lecture est recommandée à tout âge.

« Une enfance corse », J-P Castellani et L Sebbar

éditions Bleu Autour
Collection : D’un Lieu L’autre

20,00 Euros

Vingt trois auteurs nés de famille corse, du continent ou du Maghreb, nous racontent, à travers de courts textes, leur enfance corse.
Textes à la fois nostalgiques, mélancoliques et humoristiques, ils montrent tous un profond amour pour cette île et ses habitants, que l’on devine en dehors du temps et du reste du monde.
A travers tous ces témoignages, on comprend que plus que tout autre endroit, c’est un terre sauvage qui se mérite.
De magnifiques textes qui vous feront découvrir la Corse de années 30 à nos jours et vous donneront de belles idées de voyage.

« Imperial Bedrooms », Bret Easton ELLIS

Éd. Picador

18,90 Euros

imperialbedrooms.jpgDécidément Bret Easton Ellis aime les transversalités. Ses personnages ne se résument jamais aux facettes montrées dans un ouvrage. Ils disparaissent et réapparaissent d’un roman à l’autre, dévoilant de manière inattendue leurs identités multiples. « Less than zero », premier roman paru en 1985, parlait de jeunes américains privilégiés à la dérive dans une violence croissante d’actes et de sentiments. Rien ne garantissait leur survie. Pourtant, dans ce premier roman, la fiction se dote d’une fausse dimension biographique. « Less than zero » aurait en fait relaté l’existence de personnes bien réelles. Bret Easton Ellis se donne le rôle de l’auteur tout puissant disposant sans vergogne des individus, exposant sans retenue leur part d’ombre sous prétexte qu’elle constitue un matériau d’écriture. À travers « Imperial Bedrooms », les personnages nous reviennent des années plus tard, dans la force de l’âge, afin qu’ils nous racontent les conséquences de cette cruelle mise à nu.

« Paul a un travail d’été » « Paul en appartement », « Paul à la pêche », « Paul à Québec », Michel RABAGLATI

Éd. Pastèque.

Respectivement: 19, 16, 22, et 20 Euros

Paul---Qu-bec.jpegCet été, Valentine, Béatrice et moi vous emmenons à Québec pour rencontrer Michel Rabagliati, figure incontournable du neuvième art québécois, qui met en scène des épisodes extraordinairement ordinaires de la vie de Paul.
Parce que nous n’avons pas réussi à faire un choix, nous vous proposons quatre albums:
« Paul a un travail d’été » nous parle de dominer ses angoisses et ses peurs, de s’épanouir au contact de jeunes filles en difficulté et de vie en collectivité.
« Paul en appartement » introduit le personnage de Lucie et relate une première expérience de vie à deux.
« Paul à Québec » aborde le déclin et la mort d’un proche tout en suscitant beaucoup d’espoir grâce à l’amour qui règne entre les membres de la famille et aide à dépasser la tragédie.
Il est difficile d’expliquer le plaisir suscité par la lecture de ces albums. Les dessins, d’une simplicité et d’une finesse incroyables mettent en valeur toutes les facettes des personnages. Michel Rabagliati est aussi un formidable conteur et possède l’art de traiter avec tact de sujets difficiles. Mélangez le tout avec le subtil langage québécois et envolez-vous…

« La descente de Pégase », James LEE BURKE

Éd. Rivages

21,50 Euros

descentepagase.jpgLa dramatique marée noire qui frappe la Louisiane depuis quelques semaines m’a donné envie de découvrir l’oeuvre de James Lee Burke qui y a passé la moitié de sa vie et en a fait un personnage à part entière de ses polars.
Nous voici donc à New Ibéria où une jeune fille qui joue au casino avec des billets marqués à l’encre rouge renvoie Dave Robicheaux face à son passé d’alcoolique et d’homme violent. Les mystères se multiplient: un vagabond surnommé l’Homme Crustacé est retrouvé mort sur une route déserte. Une femme victime d’un viol collectif semble s’être suicidée…
Au fil des enquêtes Dave Robicheaux s’insurge devant le fossé qui se creuse entre les richissimes mafieux qui ont mis en place un système de corruption dans toute la Louisiane lié au casino et les laissés-pour-compte qui, victimes des ouragans et de la mondialisation ont tout perdu. Il vieillit et voit disparaître la culture et le mode de vie cajuns au profit d’une société où seul l’argent compte.
Un polar brillamment mené et totalement désenchanté.

« Le lanceur de dés et autres poèmes », Mahmoud DARWICH

Actes Sud
21 Euros

darwich.jpgUn mois avant sa mort, le 9 août 2008, Mahmoud Darwich publiait « Le lanceur de dés », son dernier poème sous forme de testament. À sa lecture, nous éprouvons avec force l’épreuve de la mort et l’humilité du poète qui revient sur sa vie
« Je n’étais pour rien dans ce que je fus »,
sur l’inspiration poétique
« Je n’ai pour rôle dans le poème
que d’optempérer à sa cadence. »
Le recueil se veut aussi engagé. Darwich refuse de voir son pays effacé de la carte du monde:
« Notre pays est le coeur de la carte,
son coeur troué comme la pièce d’une piastre
au marché des ferronniers ».
ou se met à la place de ce jeune garçon, Muhammadd, mort dans les bras de son père, sous les tirs israéliens
« Muhammad se niche dans le giron de son père,
oiseau apeuré par l’enfer du ciel:
Protège-moi de l’envol, père,
car mes ailes sont encore petites pour le vent…
et la lumière est noire. »
S’ajoutent à ces poèmes les photos d’Ernest Pignon-Ernest qui témoignent de la présence indispensable du poète en collant son effigie sur des murs chargés de symbole.