La sélection de lamachinealire


Raison et liberté, Noam CHOMSKY

Éditions Agone (25,00 €)

Raison et liberté

Les Éditions Agone nous offrent à lire un recueil de textes, pour la plupart inédits en France, du linguiste de renommée internationale Noam Chomsky. L’ensemble montre bien le lien existant entre son travail de linguiste et ses prises de position politique, en s’appuyant notamment sur sa conception de la « nature humaine ». « Je pense, affirme-t-il, que l’étude du langage peut fournir certaines lumières pour comprendre les possibilités d’une action libre et créatrice dans le cadre d’un système de règles qui reflète, au moins partiellement, les propriétés intrinsèques de l’organisation de l’esprit humain. » Noam Chomsky a été reçu lors d’un colloque organisé ces derniers jours par la Chaire de Philosophie du Langage et de la Connaissance du Collège de France (Professeur Jacques Bouveresse), intitulé Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky. Ce dernier sera téléchargeable sur le site Web de la chaire. A lire également : un article sur cet événement paru dans Le Monde des Livres daté du 3 juin 2010, ainsi qu’une réaction à cet article publiée le 6 juin 2010 sur le blog Article XI.

Zulu, Caryl FEREY

Éditions Gallimard (collection Folio-Policier) (7,70 €)

Zulu

Dès la première scène, particulièrement violente, nous sommes plongés dans le bain, le bain de sang en l’occurrence…

En Afrique du Sud, l’arrivée de Nelson Mandela au pouvoir n’a pas tout réglé, mais Ali Neuman, dont une partie de la famille fut lynchée alors qu’il était encore enfant, est malgré tout devenu chef de la police à Cape Town. Le pouvoir et l’argent sont encore nettement du côté des Blancs, mais la jeunesse dorée des Afrikaners se mêle parfois aux Blacks pour le sexe, la drogue, le goût du risque…

Le meurtre d’une jeune fille blanche de la haute bourgeoisie constitue le point de départ de cette histoire ultra-violente, dans laquelle les vieux démons du temps de l’Apartheid sont toujours actifs. Neuman et son équipe, malgré les fêlures personnelles des uns et des autres, foncent dans cette mêlée d’une insondable noirceur. Beaucoup s’y perdront. Si vous avez malgré tout envie d’aller assister à la Coupe du Monde de Football là-bas, bon courage !

« Même les cow-girls ont du vague à l’âme », Tom ROBBINS

Éd. Gallmeister

Coll. Totem
10 Euros

memecowgirls.jpgSissi Hankshaw est dotée d’une excentricité : la taille de ses pouces excède largement la moyenne. Elle décide d’en user et devient la plus grande auto-stoppeuse des États-Unis.
Loin d’être un texte sur la résilience, ce roman est le récit d’un voyage initiatique loufoque, un brin féministe, complètement impertinent, sensuel, truffé d’images improbables et hilarantes. Sissi parcours l’Amérique sinon avec candeur, au moins sans a priori, ses pouces gages de liberté et les yeux grands ouverts.
Le texte gagne en profondeur avec les bavardages du narrateur avec le lecteur sur la littérature, son histoire et ses personnages…
« Cependant, regardez par ici. Ici, là. Voilà une fille. C’est une gentille fille. Et elle est jolie. Elle ressemble un peu à la princesse Grace jeune, une princesse Grace qui serait restée un an sous la pluie.
Comment dîtes-vous ? Ses pouces ? N’est-ce pas, qu’ils sont magnifiques ? Le mot qui convient à ses pouces est certainement rococo-rocococototo touti ! Sacré bon sang !
Mesdames. Messieurs. Chuuut. Voici la vérité. Laissez-vous toucher par ses mains étranges. »

« La mer noire » Kéthévane DAVRICHEWY

Éd. Sabine Wespieser

19 Euros

merenoire.jpgLors de l’Escale du livre, l’auteur de La Mer Noire, Kéthévane Davrichewy, est venue jusqu’à Bordeaux. Écouter cette femme parler d’elle, de son écriture, évoquer des bribes de son histoire familiale, m’a donné envie de lire son dernier roman. J’ai adoré plonger dans l’histoire de Tamouna, une femme âgée, née en Georgie, exilée en France, qui s’apprête à fêter son anniversaire à Paris, entourée des siens. Elle attend aussi la visite de Tamaz, l’homme qu’elle a rencontré l’année de ses quinze ans, celui qui la trouble encore aujourd’hui. Le passé affleure en permanence, les joies comme les peines sont relatées avec finesse, et Tamouna est tour à tour jeune fille et vieille femme.

« Origine », Diana ABU-JABER

Sonatine Editions

22,00 Euros

origine.jpgHypnotique. Voici ce qu’on pourrait dire de ce roman noir de Diana Abu-Jaber, premier titre publié en France mais que nous espérons suivi de beaucoup d’autres de cette qualité.
Léna travaille dans une unité scientifique de la police de Syracuse, État de New York. Elle est spécialiste en empruntes digitales et douée d’un sens olfactif impressionnant. Lorsqu’Erin Cogan lui annonce qu’elle ne croit pas au diagnostic de mort subite de son bébé, mais qu’il a été assassiné, Léna, malgré elle, part à la poursuite d’un serial killer qui s’attaque aux nourrissons. Et elle plonge surtout dans sa propre histoire. Orpheline recueillie dans d’étranges circonstances, cette jeune femme fragile et tourmentée doit faire face à son passé pour résoudre l’énigme.
Un roman noir, glacial et bien écrit sur la quête d’identité qui ne manquera pas de vous provoquer, comme dirait Danielle, une « belle insomnie ».

« Le camp des morts », Craig Johnson

Éditions Gallmeister.

23,50 Euros

campmorts.jpgNous sommes ici dans le second volet des aventures du shérif Walt Longmire, de son ami l’indien Henri Standing Bear, rencontrés déjà dans « Little Bird ». Une femme âgée vient de mourir, les soupçons vont amener l’enquête vers le milieu des immigrants basques installés dans ce coin du Wyoming.
Les personnages de Craig Johnson sont d’une extraordinaire humanité, désabusés et ironiques, l’éventail des références va de Shakespeare aux « Village People ». Les vieux fantômes indiens protègent notre héros et le charme agit, ce « simple » polar est un grand moment de lecture !

« La femme du métro », Ménis KOUMANDARÉAS

Quidam éditeur
10 Euros

FemmeMetroG.jpgAthènes, dans les années 70. Koulà, femme mariée de 40 ans et Mimis, jeune homme de 20 ans, se croisent tous les jours sur la même ligne de métro. Cela commence par des regards, un « Bonsoir », puis par des conversations sur la famille, le travail, la vie. Ils sont irrésistiblement attirés l’un par l’autre et vont devenir amants.
Cette brève histoire qui pourrait être des plus banales nous est livrée avec un ton juste et mélancolique à la fois. On y retrouve les deux grands thèmes chers à l’auteur: le charme de la jeunesse et la hantise du vieillissement.
La qualité et la puissance de ce texte, écrit par Ménis Koumandaréas en 1975 en font un classique de la littérature grecque.

« Déluge », Henry Bauchau

Actes Sud
18 Euros

bauchau_deluge.jpgComme dans « L’enfant bleu », nous retrouvons l’art et la folie au centre de l’oeuvre d’Henry Bauchau.
Florian, « peintre fou » et pyromane fait la connaissance de Florence, une femme malade qui change radicalement de vie.
De leur rencontre va naître un projet ambitieux et passionnant: peindre le déluge. Dans cette aventure, ils sont entourés par quelques amis, un enfant et le docteur Hellé.
L’écriture d’Henri Bauchau est encore poétique et magnifique.

« Le Londres-Louxor », Jakuta ALIKAVAZOVIC

Éditions de l’Olivier
16,50 Euros

Avec une « note sur l’architecture du bâtiment » en guise de prologue, ce livre ne manque pas de surprendre dès les premières pages. Ce bâtiment, le Londres-Louxor, est un ancien cinéma des années vingt, un lieu où se croisent, s’observent, se rassemblent des personnes issues de la diaspora bosniaque, à Paris. Pour commencer, nous suivons Esme qui vient là dans l’espoir d’y retrouver sa soeur. Très vite, le ton original de l’auteur, l’atmosphère mystérieuse nous emportent et nous goûtons avec plaisir au lignes, évoquant l’art, la littérature, l’architecture. Il est aussi question d’amour, d’argent, d’exil. À la lecture de ce roman déroutant, nous oscillons bien souvent entre rêve et réalité.

« Mon copain le Kappa », Shigeru MIZUKI

Éditions Cornélius
22 Euros

moncopainlekappa.jpgVoici le tout nouveau conte fantastique de Shigeru MIZUKI, maître incontesté des yokaï, ces êtres surnaturels qui peuplent les contes populaires japonais. Sanpeï, héros de ce volume, va se lier d’amitié avec un kappa, créature anthropomorphe à la réputation maléfique et auquel il ressemble étrangement. C’est à partir de ce moment que les ennuis vont commencer pour Sanpeï…
Comme à son habitude, Mizuki associe habillement fantastique, quotidien et humour grinçant pour nous livrer une critique du moderne.
Un mélange qui a déjà fait merveille dans l’un de ses précédents ouvrages « NonnonBâ ».

Itinéraire des photographes voyageurs, 19ème édition

Jusqu’au 30 avril

Divers lieux

« Tranches napolitaines », Alfred, Mathieu Sapin, Anne Simon, Bastien Viviès

Éd. Dargaud
19 Euros

news-tranches-napolitaines.jpg
Tranches napolitaines. Un gâteau, quatre histoires qui s’entremêlent, quatre artistes qui se sont promenés dans Naples et qui nous en livrent leur vision.
Qu’elle soit ville qu’on fuit ou dans laquelle on déambule, ville mythique ou très contemporaine, qu’elle soit le théâtre d’un drame ou celui d’une farce, Naples est bien vivante et tout à fait dépaysante.
Ces tranches sont un vrai régal.