La sélection de lamachinealire


« Bois mort. Une enquête de John Turner », James Sallis

Gallimard
Coll Folio Policier
6,10 Euros

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Ce court roman nous fait découvrir un nouveau héros, John Turner, ancien flic au passé violent. Il est venu au Tennessee fuir son passé et la ville. Le shérif du comté dépassé par une affaire de meurtre viendra pourtant lui demander de l’aide. Petit à petit, il livrera les circonstances qui l’ont amené à faire de la prison, puis à se réhabiliter comme thérapeute. L’atmosphère et le style sont les atouts de ce polar. La scène d’ouverture où le shérif vient lier connaissance avec John est une réussite. Quelques mots, une bouteille de Wild Turquey partagée et leur complicité s’ébauche tranquillement.
Dernier détail, c’est le début d’une trilogie.

« La Saison des flèches », Samuel Stento et Guillaume Trouillard

Éditions de la Cerise

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Le 12 avril 1879, l’entreprise américaine Mulligan’s Tradition s’engage activement dans la préservation des peuples indiens afin que le Far West fasse encore rêver les générations futures. Fort d’un engagement éthique et culturel des plus louables, l’entrepreneur voit loin, très loin, d’un oeil conquérant : partir à la découverte de nouveaux marchés pour une noble cause… l’idée innovante est enfin trouvée; conserver les Indiens en boîte! Ce modèle de réussite industrielle se se suffirait à lui-même et pourtant l’histoire ne s’arrête pas là.
Des années ont passé, un couple français décide d’adopter une famille indienne. Jour après jour, Chacun tente d’apprivoiser l’Autre, d’échanger, de se découvrir mutuellement jusqu’à tisser une relation profonde et durable. L’appartement s’étire à l’infini pour devenir un territoire immense. Il faut désormais trois jours de cheval pour aller de la chambre au salon. L’aventure est grandiose mais il va falloir faire face à un imprévu de taille: le couple héberge des individus en situation irrégulière!
« La saison des flèches » interroge l’histoire, la politique, l’écologie, la place de l’imaginaire… un concentré de notre époque mis en conserve avec une intelligence remarquable.

« Ru », Kim Thúy

Éditions Liana Lévi

14 Euros

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Ru : petit ruisseau ou écoulement en français, mais aussi berceuse en vietnamien. Voilà les trois sens que prennent ce seul petit mot et que l’on retrouve dans cet émouvant récit.
L’auteur, Kim Thúy fuit avec sa famille les forces communistes qui envahissent Saïgon. Dès ce moment, elle va connaître la peur, les camps de réfugiés, la misère, jusqu’à son arrivée au Québec avec d’autres boat people vietnamiens.
C’est à travers les souvenirs de la fillette qu’elle a été, et de la femme qu’elle est à présent, que l’auteur se dévoile, toujours avec pudeur.
Un livre sur l’exil, emprunt de poésie et d’humanité.

Howard Zinn n’est plus.


Le manque de réaction de la presse après cette disparition ne peut que nous pousser à lui rendre justice.


Ses éditeurs en parlent certainement mieux que nous.



Le Blog d’Agone

« La douane volante », F Place

Gallimard
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Vous sortirez éblouis de ce roman, le premier de François Place, déjà connu pour ses albums jeunesse. L’action débute dans un village breton en 1914. Gwen le tousseux devient l’apprenti de Braz le rebouteux craint et admiré pour ses connaissances. Un jour vient l’Ankou, messager de la mort, qui l’emporte sur sa charrette. À son réveil Gwen est dans un pays inconnu de landes et de marécages, évoquant les Pays-bas du 16ème siècle. Là, il deviendra domestique, rebouteux puis médecin, confronté à des choix qui forgeront sa personnalité. Et toujours avec l’espoir de quitter ce pays mystérieux sous la coupe de la douane volante, pour retrouver la Bretagne et son époque.
L’auteur, inspiré par le peintre Van Goyen, nous ballade dans des paysages de l’école flamande au gré d’une histoire fantastique au charme indéniable.

Pour adolescents, mais pas seulement…

Des corps en silence, V Goby

Gallimard

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Valentine Goby poursuit son expérience, initiée avec « Qui touche à mon corps je le tue » de récits croisés. Elle met en scène dans « Des corps en silence » deux femmes qui vivent la fin d’un amour. Claire s’ennuie depuis longtemps avec Alex et a décidé de ne pas rentrer chez elle. Henriette Caillaux sent que son mari Joseph, député dans la tourmente ne l’aime plus. Claire erre dans un Paris brûlant au coeur de l’été tandis qu’Henriette déperrit. Ces femmes connaissent la souffrance d’un corps qui ne vibre plus, qui n’est plus stimulé par la présence de l’autre. Chez chacune le passé ressurgit pour tenter de comprendre où tout a dérapé. L’une fuit, l’autre ira jusqu’au meurtre. Une écriture entêtante pour un roman douloureux.

« Portraits de brousse », Oumar Ly

Editions Filigranes

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Tout commence lorsqu’Oumar Ly, jeune photographe sénégalais, ouvre un studio à Podor et réalise des prises de vues pour l’administration dans les villages environnants. Sur l’invitation des villageois, Oumar Ly continue de sillonner la région en se consacrant à la photographie de portraits en noir et blanc. En résulte une collection impressionnante de clichés qui témoignent de l’évolution de la société de la vallée du fleuve Sénégal (des années soixante et soixante-dix en ce qui concerne cet ouvrage). La singularité du travail d’Oumar Ly tient autant au décor utilisé (pour élaborer un fond, un cadre, le photographe s’aide des moyens du bord c’est-à-dire un boubou tendu, la portière d’une voiture…) qu’aux poses des personnes photographiées, des plus dignes aux plus farfelues, et aux vêtements qu’elles portent, des plus traditionnels aux plus modernes.
C’est parfois cocasse ou insolite, souvent très beau.
Consultez aussi le site de Oumar Ly

« Suites byzantines », Rosie Pinhas-Delpuech

Bleu Autour

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Rosie Pinhas-Delpuech nous rappelle combien notre langue fait notre rapport au monde. Le judéo-espagnol, l’allemand langues « maternelles » et le turc imposé par Atatürk, le « père des Turcs », autant de sources de questionnements mais aussi de possibles pour dire et penser le monde du dedans et du dehors.
La narratrice nous fait goûter les sons, fait résonner les sens et dépeint au fil de ses nouvelles une vie en Turquie tantôt abrupte, tantôt sensuelle, nous ouvre les portes de son monde avec grâce.

« Cristallisation secrète », Yoko Ogawa

Actes Sud

ogawa.jpg L’histoire se passe sur une île. Tout paraît y être parfait, si ce n’est que des objets disparaissent régulièrement de la mémoire des hommes. Au début, ce sont les choses les moins importantes: un ruban ou un parfum… Mais les choses s’accélèrent. C’est au tour des oiseaux, des roses, des photographies, des calendriers…
Le jour de la disparition des livres, la narratrice, romancière doit renoncer à l’écriture. Mais voilà, certaines personnes ne perdent pas la mémoire et doivent se cacher d’une police secrète, chargée de faire respecter toutes les disparitions.
Il s’agit d’un magnifique roman sur l’écriture, sur la perte de liberté et l’effacement de la mémoire qui mènent à la mort des hommes. Mais c’est aussi une formidable critique des régimes totalitaires et de leurs méthodes, sublimée par un style épuré et poétique.

« Zloty », Tomi Ungerer

Ecole Des Loisirs
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Voici un remake plutôt audacieux du célèbre conte du Petit Chaperon rouge, revisité par le facétieux Tomi Ungerer.
Ici, le chaperon s’appelle Zloty et tout de rouge vêtu, va rendre visite à sa grand-mère en scooter. Sur le chemin, elle tombe sur un méchant loup, mais aussi sur Kopek, un nain grand et Samovar, un géant petit, tous les deux de la même taille.
Des amitiés vont se lier mais l’histoire ne s’arrête pas là… Dans cette version décalée du conte de Grimm, on retrouve l’illustration au cachet vieillot, marque de fabrique d’Ungerer, qui donne tant de charme à son travail.

« Honecker 21″, Jean-Yves CENDREY

Actes Sud

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Matthias Honecker est un homme comblé! Un poste de cadre dans une entreprise de téléphonie mobile florissante, un bijou d’appartement dans la très-tendance Berlin meublé des objets les plus design, une femme intellectuelle et Oh bonheur! un premier enfant en route. Que les jaloux ravalent leurs remarques perfides car la crise qui point dans l’esprit angoissé d’Honecker va leur rendre justice! Révolution existentielle et grand chambardement, notre homme se lance à corps perdu dans une course folle afin d’échapper à un insipide destin. La capitale allemande se fait alors le théâtre d’aventures toujours plus loufoques et absurdes pour notre plus grand plaisir.

« Un jardin dans les appalaches », B Kingsolver

Edition Rivages poche

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Quelle expérience passionnante! Barbar Kingsolver, romancière, a vécu avec son mari et ses deux filles dans une ferme des Appalaches en cultivant un jardin et en élevant une basse-court pour se nourrir. Ils ont respecté les rythmes des saisons pour s’alimenter et ne consommaient que des produits locaux. Ce livre retrace l’expérience mois après mois, les réussites comme les déceptions et de nombreuses recettes se glissent au fil des pages. La slow-food au pays du fast-food donne un espoir de changement…