Les choix des libraires

Le Wok Machine à Lire guide vos lectures

Les choix des libraires


« Une enfance corse »

« Une enfance corse », J-P Castellani et L Sebbar

éditions Bleu Autour
Collection : D’un Lieu L’autre

20,00 Euros

Vingt trois auteurs nés de famille corse, du continent ou du Maghreb, nous racontent, à travers de courts textes, leur enfance corse.
Textes à la fois nostalgiques, mélancoliques et humoristiques, ils montrent tous un profond amour pour cette île et ses habitants, que l’on devine en dehors du temps et du reste du monde.
A travers tous ces témoignages, on comprend que plus que tout autre endroit, c’est un terre sauvage qui se mérite.
De magnifiques textes qui vous feront découvrir la Corse de années 30 à nos jours et vous donneront de belles idées de voyage.


« Imperial Bedrooms », Bret Easton ELLIS

« Imperial Bedrooms », Bret Easton ELLIS

Éd. Picador

18,90 Euros

imperialbedrooms.jpgDécidément Bret Easton Ellis aime les transversalités. Ses personnages ne se résument jamais aux facettes montrées dans un ouvrage. Ils disparaissent et réapparaissent d’un roman à l’autre, dévoilant de manière inattendue leurs identités multiples. « Less than zero », premier roman paru en 1985, parlait de jeunes américains privilégiés à la dérive dans une violence croissante d’actes et de sentiments. Rien ne garantissait leur survie. Pourtant, dans ce premier roman, la fiction se dote d’une fausse dimension biographique. « Less than zero » aurait en fait relaté l’existence de personnes bien réelles. Bret Easton Ellis se donne le rôle de l’auteur tout puissant disposant sans vergogne des individus, exposant sans retenue leur part d’ombre sous prétexte qu’elle constitue un matériau d’écriture. À travers « Imperial Bedrooms », les personnages nous reviennent des années plus tard, dans la force de l’âge, afin qu’ils nous racontent les conséquences de cette cruelle mise à nu.


« Le tonneau », F. W. CROFTS

Le tonneau, F. W. CROFTS

Éditions Rivages Poche10,50 €

tonneau.jpg

Classique du roman à énigme, peu connu en France, ce roman est un modèle du genre. Une jeune femme assassinée est retrouvée enfermée dans un tonneau. La machination (presque) parfaite ourdie par le meurtrier va minutieusement être démontée par deux policiers, à Londres et à Paris, suivant les aller-retours du tonneau.


« La descente de Pégase », James LEE BURKE

« La descente de Pégase », James LEE BURKE

Éd. Rivages

21,50 Euros

descentepagase.jpgLa dramatique marée noire qui frappe la Louisiane depuis quelques semaines m’a donné envie de découvrir l’oeuvre de James Lee Burke qui y a passé la moitié de sa vie et en a fait un personnage à part entière de ses polars.
Nous voici donc à New Ibéria où une jeune fille qui joue au casino avec des billets marqués à l’encre rouge renvoie Dave Robicheaux face à son passé d’alcoolique et d’homme violent. Les mystères se multiplient: un vagabond surnommé l’Homme Crustacé est retrouvé mort sur une route déserte. Une femme victime d’un viol collectif semble s’être suicidée…
Au fil des enquêtes Dave Robicheaux s’insurge devant le fossé qui se creuse entre les richissimes mafieux qui ont mis en place un système de corruption dans toute la Louisiane lié au casino et les laissés-pour-compte qui, victimes des ouragans et de la mondialisation ont tout perdu. Il vieillit et voit disparaître la culture et le mode de vie cajuns au profit d’une société où seul l’argent compte.
Un polar brillamment mené et totalement désenchanté.


« Le colonel désaccordé », O BLEYS

« Le colonel désaccordé », O BLEYS

Gallimard
Coll. Folio
6,60 Euros

coloneldesaccordé.jpgLe colonel Rymar, membre de l’armée portugaise suit le roi du Portugal en fuite vers le Brésil. Contre toute attente, celui-ci est missionné non pas pour se battre, mais pour veiller sur les instruments de musique de la cour. Ce va t-en guerre humilié d’être réduit à s’occuper de musique (art qu’il exècre) découvre de mauvaise grâce le nouveau monde.
À la fois récit d’aventure et de voyage, ce texte très drôle nous fait découvrir l’histoire de la colonisation du Brésil, la traite négrière et se révèle être une critique à peine déguisée de l’armée.
« Faites de la musique, pas la guerre »!


« Le jour avant le bonheur », Erri de Luca

« Le jour avant le bonheur », Erri de Luca



Gallimard
15 Euros

luca.jpgDans l’immédiat après guerre, un jeune orphelin livré aux rues grouillantes de Naples (magnifiée par Erri de Luca) vit sous la protection du concierge, Don Gaetano.
Cet homme généreux et sage va accompagner le parcours de vie du petit garçon puis de l’adolescent.
Doté de la capacité à lire les pensées des gens, il sait que son protégé est hanté par l’image d’une jeune fille entraperçue un jour derrière une vitre lors d’une partie de football.
Lorsque que la jeune fille revient, des années plus tard, l’adolescent devenu le narrateur de ce livre éblouissant aura plus que jamais besoin de l’aide de Don Gaetano.
Fable initiatique, roman de formation, « Le jour avant le bonheur » est tout à la fois poésie, lumière, ombre, silence, violence, fragilité. Il dit l’innocence, les rêves perdus… Il émeut, touche, enchante.


« Zuleika Dobson », Max BEERBOHM

« Zuleika Dobson », Max BEERBOHM

Éd. Monsieur Toussaint Louverture
16,75 Euros

zuleika.jpegSelon Monsieur Toussaint Louverture, « attirante, séduisante, fascinante… la jeune Zuleika Dobson l’est sans aucune limite ». Dès la descente du train en gare d’Oxford où son grand-père le recteur, l’attend, Zuleika Dobson déclenche un vif émoi dans le coeur des étudiants de l’ancienne et respectable Université. Or, la jeune prestidigitatrice, habituée à être courtisée lors de ses nombreux voyages à travers le monde, n’a jamais été amoureuse. Seul l’impeccable Duc de Dorset, parce qu’il l’aura traitée négligemment la première fois, réussira à éveiller un sentiment différent dans le coeur de la jeune femme. Mais cet amour, au lieu de les réjouir, donnera naissance à une idée plus saugrenue dans l’esprit du Duc qui contaminera la gent masculine oxfordienne.
L’écriture de Max Beerbohm, dont voici l’unique roman est délicieusement ironique, élégante, et cette histoire abracadabrante!


« Négus », « Shah », R Kapuscinski

« Négus », « Shah », R Kapuscinski

Éd. Flammarion

17 Euros chaque

negus.jpgDeux textes épuisés de Ryszard Kapuscinski sont à nouveau disponibles chez Flammarion. Le « Négus » nous livre le récit de la chute de l’Empereur d’Éthiopie et le « Shah » les dernières semaines du règne du Shah d’Iran.
La réputation du célèbre écrivain reporter a été malmenée il y a peu par une biographie intitulée « Kapuscinski Non-Fiction ». Elle révèle que le journaliste allait parfois trop loin dans la subjectivité et qu’il avait caché certains événements peu avouables de sa vie.
Peut-être. Peut-être que la frontière entre journalisme et littérature chez Kapuscinski est perméable. Et il est vrai que la lecture de ses reportages procure le même plaisir que celle d’un (bon) roman, tant le soin apporté à la forme mue les personnes en personnages, campe une ambiance et déplie une réelle narration à plusieurs voix.
À n’en pas douter, les événements rapportés par Kapuscinski nous laissent à penser que de toutes façons, il est des réalités qui n’ont rien à envier à la fiction…


« Moi le loup et les vacances avec pépé »

« Moi le loup et les vacances avec pépé »

Éd. Thierry Magnier

12 Euros

Moi-le-Loup.jpgVoici le très attendu album de Delphine Perret. Après son brillant « Moi le loup et les chocos », dans lequel on découvrait Bernard, loup déprimé, coaché par un petit garçon, l’auteur nous livre cette fois une « road-story ». Nous retrouvons nos deux acolytes qui prennent la route des vacances, accompagnés d’un pépé un peu largué.
Des personnages attachants, un texte percutant et un ton hilarant qui font de ce nouvel opus un album rafraîchissant à souhait, à lire sur la route des vacances…


« Même les cow-girls ont du vague à l’âme », Tom ROBBINS

Même les cow-girls ont du vague à l’âme, Tom ROBBINS

Éditions Gallmeister (collection Totem) (10,00 €)

Même les cowgirls ont du vague à l'âme

Cela n’est pas par manque d’idée que nous vous proposons à nouveau ce roman comme suggestion de lecture estivale.
Que dire de plus pour enfoncer le clou ? Tout y est : de l’humour, de la politique, de la nature, de la philosophie, du sexe, tout cela écrit avec brio, par un auteur impertinent, cabotin, malin, un brin barré et très coquin.
Insistons donc : il faut lire Même les cow-girls ont du vague à l’âme.


« Photo de groupe autour du fleuve », E. DONGALA

« Photo de groupe autour du fleuve », E. DONGALA

Actes Sud
22,80 Euros

dongala.jpgLes femmes du groupe dont il est question dans le titre cassent des blocs de pierre pour un salaire de misère. La construction d’un aéroport augmente soudain la demande de gravier et elles décident de demander un meilleur tarif à leur intermédiaire. Cette lutte pour une somme minime, va être l’occasion de découvrir leurs parcours. Avant d’effectuer ce travail de forçat, elles avaient pour beaucoup d’entre elles une place plus brillante dans la société : qui femme d’affaire, qui mariée à un riche parti… Mais en Afrique, une femme sans argent n’est plus rien.
Leur petit pas vers une amélioration de leur condition va prendre des proportions rocambolesques car leur grève paralyse le chantier et devient une affaire d’État avec prise de position de la femme du ministre, puis de la femme de chef d’État, puis…
Tous les personnages ont une présence touchante et surtout drôle, tonique et l’on a peine à les quitter!


« Le lanceur de dés et autres poèmes », Mahmoud DARWICH

« Le lanceur de dés et autres poèmes », Mahmoud DARWICH

Actes Sud
21 Euros

darwich.jpgUn mois avant sa mort, le 9 août 2008, Mahmoud Darwich publiait « Le lanceur de dés », son dernier poème sous forme de testament. À sa lecture, nous éprouvons avec force l’épreuve de la mort et l’humilité du poète qui revient sur sa vie
« Je n’étais pour rien dans ce que je fus »,
sur l’inspiration poétique
« Je n’ai pour rôle dans le poème
que d’optempérer à sa cadence. »
Le recueil se veut aussi engagé. Darwich refuse de voir son pays effacé de la carte du monde:
« Notre pays est le coeur de la carte,
son coeur troué comme la pièce d’une piastre
au marché des ferronniers ».
ou se met à la place de ce jeune garçon, Muhammadd, mort dans les bras de son père, sous les tirs israéliens
« Muhammad se niche dans le giron de son père,
oiseau apeuré par l’enfer du ciel:
Protège-moi de l’envol, père,
car mes ailes sont encore petites pour le vent…
et la lumière est noire. »
S’ajoutent à ces poèmes les photos d’Ernest Pignon-Ernest qui témoignent de la présence indispensable du poète en collant son effigie sur des murs chargés de symbole.